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Réflexion autour du blocage publicitaire mis en place par Free

Portrait de ivan
Source de l'image : http://gael.deviantart.com/art/Bruderezh-fouzh-da-vamm-82425671
Le fournisseur d’accès à internet Free a débuté une expérience très intéressante ce jeudi 3 janvier : le blocage par défaut de la publicité pour ses utilisateurs disposant d’une Freebox Révolution. Les réactions ne se sont pas faites attendre sur la toile : administrateurs craignant la disparition pure et simple de leur gagne-pain comme militants anti-pollution-visuelle ont défendu leurs intérêts à qui mieux mieux.

Tâchons d’y voir un peu plus clair dans cette cacophonie et de comprendre les véritables questions soulevées par ce coup de poker.

Du côté de chez Free

Pour commencer, comment fonctionne ce blocage ? Il s’agit d’une option activée par défaut sur les Freebox, qui autorise un filtrage DNS des serveurs publicitaires. Lorsque votre navigateur veut charger une page internet, il émet de nombreuses requêtes pour savoir à quelle adresse correspond le nom que vous avez tapé dans la barre. Si Free voit passer des demandes du type : « Bonjour, où se trouve www.encadre-publicitaire.fr ? », il répondra : « Ah oui, je connais ! C’est cette page blanche, là-bas ! », au lieu d’indiquer la page réelle. Voilà pour la théorie.

Qu’est-ce qui a incité Free à adopter une mesure aussi polémique ? Un petit coup d’œil aux régies publicitaires bloquées apporte des éléments de réponse. L’acteur le plus touché par ce blocage est Google, dont les outils de suivi des internautes sont également impactés. Il n’aura pas fallu longtemps pour que certains, faisant le rapprochement avec les différends entre les deux sociétés, commencent à se demander s’il ne s’agit pas là d’une mesure de rétorsion contre le géant américain. En tapant directement dans le portefeuille de la firme de Mountain View, Free espère peut-être faire pencher le rapport de force de son côté.

Ce coup d’éclat tenait cependant plus du coup de semonce, puisqu’il vient d’être annoncé que le blocage (par défaut) prendrait fin au début de la semaine prochaine. On peut contester les méthodes employées par le fournisseur d’accès, mais il est difficile de ne pas se montrer admiratif devant leur aptitude à donner des coups de pied dans la fourmilière.

Le point de vue des acteurs du numérique

Evidemment, les premiers touchés par la disparition de la publicité sont ces sites dont c’est la principale source de revenus. Ainsi, les Korben et autres Numérama sont immédiatement montés au créneau, avec l’absence de professionnalisme qui les caractérise parfois, dénonçant l’atteinte aux libertés fondamentales et l’inévitable destruction d’emplois qui en résulterait fatalement.

C’est cette dimension qui est à mon avis la plus intéressante dans le débat : elle met en évidence un business model fragile, prêt à s’écrouler. Si certaines voix s’élèvent pour préserver les gages de ces acteurs du web, je suis étonné de constater que personne ne se demande si oui ou non le travail qu’ils fournissent mérite bien un salaire.

Une formulation provocante que je vais de ce pas expliciter. Nous vivons dans une société de l’information – chacun le sait. Cet état de fait a conduit à l’émergence de nouveaux modes de vie et de consommation. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’un des maîtres du monde du moment est spécialisé dans l’organisation de cette gigantesque masse de données. Notre rapport à l’information a également changé, et les usages courants nous apprennent plus à trouver qu’à concevoir des solutions.
Ainsi, beaucoup de sites dits « d’actualités » font en réalité plus dans l’agrégation de contenu que dans le journalisme. La question se pose donc en ces termes : suis-je prêt à financer un quotidien en ligne pour qu’il remâche en continu les dépêches de l’AFP ? Non. Accepterais-je de payer un blogueur à mi-temps pour qu’il trie des informations trouvées sur Twitter ou chez ses confrères ? Non plus. Vais-je regarder quelques publicités pour le rémunérer ? Même pas.

Une démarcation est apparue entre les créateurs de contenus et les agrégateurs. Où se trouve la limite ? Difficile à dire. Mais il semblerait que du bon côté, on n'est absolument pas dépendant de la publicité pour survivre.

J’ai fait de la musique pendant de nombreuses années, mais je serais bien embarrassé si je devais en vivre. Peut-être est-il temps pour certains de réaliser qu’il n’est pas raisonnable de penser que centraliser de l’information est une activité porteuse. La monétisation du trafic généré par un site est un problème extrêmement complexe : les commerciaux de Facebook s’y cassent d’ailleurs les dents. Je suis convaincu que l’écosystème délétère actuel doit s’écrouler afin que quelque chose de nouveau puisse émerger.

Et les utilisateurs dans tout ça ?

Exceptionnellement, intérêts économiques (de Free) et confort d’utilisation (la navigation sans publicité) concordent. Nageant en plein délire, plusieurs sites ont publié des méthodes permettant de contourner le blocage des publicités. Comme si l’internaute allait se casser la tête pour faire réapparaître des bandeaux nuisibles.

On peut toutefois s’alarmer devant l’instauration de technologies de filtrage qui sont d’ordinaire plutôt utilisées pour la censure voire la répression. Pour le moment, il s’agit d’une option qu’on est libre de désactiver. Croisons les doigts pour que ça n’aille jamais plus loin. On pourra également s’interroger sur le rôle du fournisseur d’accès. La question de savoir si c’est bien la place de Free que de favoriser (ou défavoriser) certains contenus est légitime : ma réponse serait plutôt non.

En attendant que tout rentre dans l’ordre, rappelons simplement à tous ceux qui ont découvert avec émerveillement un internet propre et sans racolage criard l’existence de quelques indispensables plugins pour leur navigateur préféré :

Source de l'image titre : http://gael.deviantart.com/art/Bruderezh-fouzh-da-vamm-82425671

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